8h30. Le temps s'est arrêté. Je suis seule. Je le vois s'éloigner. Mes larmes se mêlent à la pluie. Je n'entends plus rien. Je vais m'effondrer. Pourtant je suis encore debout...
8h40. Je marche. J'arrive enfin à la place Wilson. Je ne sais pas comment j'ai fait. Mes membres bougent tout seuls. Là, je retrouve notre banc. Je m'y assois.
8h45. Je ne sens plus la pluie. Pourtant elle tombe encore, si régulière...
C'est elle, sous son parapluie. Elle me sourie. Pourtant sur son visage, quelque chose de tellement triste. Je me dis que je n'ai pas de raison d'être malheureuse comparée à elle. Elle, c'est sa famille qui tombe en ruine.
Je me lève, la serre dans mes bras. Je ne sais pas combien de temps nous sommes restées ainsi. Le temps ne compte pas. Nous finissons par nous diriger ver "PAUL", le café où nous prenons notre petit déjeuner.
Etant l'unes des premières clientes de la journée, nous pûmes nous installer à notre place habituelle, loin des regards indiscrets. Là, nous savions que nous pouvions parler. Un serveur arriva et nous commandâmes deux croissants et deux chocolats, comme d'habitude.
Une fois le serveur reparti, Letty me pris la main dans un grand geste d'affection et me murmura :
- C'est Camille?
Une larme perla au coin de mon ½il quand je lui répondis :
- Quatre mois. Ça faisait quatre mois que j'étais avec lui...
Letty m'adressa un sourire compréhensif et, doucement, je lui demandai :
- Et toi? Comment ça se passe?
- Ben, comme d'hab'! Mon père est allé à ses fameuses "réunions", ma mère est rentrée samedi de sa cure et ma petite s½ur a cinq copains... Mais à part ça, tout va bien!
Nous fûmes interrompues par le serveur qui nous apportait notre commande. Voyant qu'il troublait notre intimité, il s'en alla d'un pas pressé.
Je regardai Letty d'un air navré, et, pour notre bien, décidai de changer de sujet. J'essayai d'un ton enjoué :
-C'est quand ton prochain gala de danse?
Letty, comprenant ma "man½uvre", poursuivit :
- Dans deux semaines! Il me tarde trop! Et mercredi c'est la dernière répet' avec tous les groupes!
- En même temps, c'est une des plus grandes écoles de Toulouse et vu tes années d'expériences, ça promet d'être énorme!
Letty eu ce petit sourire modeste qui lui allait si bien. Il lui donnait un air si aimable, qu'on n'hésitait pas à se confier à elle. Son visage, si lumineux et ce sourire, toujours présent, me donna une bouffée d'air et de courage.
- Et pour la photo, tu as toujours besoin de moi comme mannequin?
- Bien sûr que oui! Et puis, si un jour je devenais célèbre grâce à mes clichés, je te garderais comme mannequin et virerais tout les autres!
Je fis une tête si choquée que Letty ne put s'empêcher d'éclater de rire; ce qui nous entraîna dans un fou rire général qu'on n'avait pas eu pendant un week-end. Remises de nos émotions, Letty me questionna :
- Et toi, tes pastels, ça avance? Tu vas bientôt faire une expo, non?
- Ouais dans un mois, Soisick, ma prof, veux que j'expose mon paysage irlandais; mais je l'ai pas encore fini!
- 'faut que tu te bouges! Et ton tournage pendant les vacances, t'es prête?
- Absolument pas! En plus, j'ai pas fini le dérushage du film de Lloyd! Et notre prof d'audio, Cussol, a pensé à nous et nous a donné une bonne analyse filmique bien longue et bien chiante!
- C'est clair! Il nous fait chier celui-là!
Ce qui provoqua chez moi un petit fou rire.
Regardant la pendule, Letty me fit signe qu'il était l'heure d'y aller. On sortit, à 9h30, du café et, n'ayant pas cours de la matinée, nous nous dirigeâmes, comme à notre habitude, vers la "FNAC".